BENOÎT DE CLERK, CEO DE ZENITH, REPOND A NOS QUESTIONS Zenith

BENOÎT DE CLERK, CEO DE ZENITH, REPOND A NOS QUESTIONS Zenith

Dans un monde où la technologie peut tout reproduire, qu’est ce qui rend l’horlogerie mécanique irremplaçable ?

Il s’agit de deux dimensions complétement différentes. C’est justement le fait qu’elle ne cherche pas à rivaliser avec la technologie sur le terrain de l’efficacité pure que l’horlogerie traditionnelle garde sa légitimité. Une montre connectée sera toujours plus fonctionnelle, plus rapide, plus précise à l’échelle absolue. Mais ce n’est pas la question.
L’horlogerie mécanique appartient davantage au domaine de la culture que de la technologie. C’est une discipline où l’on accepte volontairement la contrainte mécanique pour transformer la précision en art d’exécution.
Quand vous regardez un mouvement comme l’El Primero battre à 36’000 alternances par heure, vous ne regardez pas simplement un outil qui mesure le temps. Vous regardez une idée de l’ingénierie et d’um savoir-faire pluri-centenaire rendue visible. C’est cela qui reste irremplaçable.

Le storytelling n’occupe-t-il pas une place trop importante par rapport au produit lui-même ?

Dans l’horlogerie, les histoires les plus fortes sont souvent celles qui existent déjà dans la création elle-même. Chez ZENITH, c’est celles de calibres légendaires, d’un engagement profond envers une certaine idée de l’intégrité mécanique et d’une culture centenaire de la précision : tout cela raconte déjà quelque chose. Le problème n’est pas le storytelling . Je crois d’ailleurs qu’il est essentiel, car l’horlogerie est aussi une affaire d’émotion et d’humain. Le problème apparaît lorsque le récit devient une manière de compenser un manque de substance horlogère. ZENITH n’a jamais été une manufacture construite sur un discours marketing trop prononcé, et nous ne le serons jamais. Notre rôle est davantage de donner du contexte et de révéler ce qui rend un mouvement ou une montre intéressante, plutôt que de construire artificiellement une émotion autour de quelque chose qui n’aurait pas de profondeur intrinsèque.

Le vintage influence-t-il votre création ou la contraint-il ?

C’est une contrainte lorsqu’il est utilisé comme une formule rassurante. À l’inverse, il devient une force lorsqu’il permet de maintenir une continuité culturelle.

Chez ZENITH, nous avons des codes extrêmement forts, mais nous ne voulons pas devenir une marque figée dans la nostalgie de nos 160 ans d’héritage. Une montre doit toujours appartenir à son époque.

Cela étant dit, nous assumons aussi pleinement une approche plus fidèle du patrimoine à travers notre ligne Revival, où nous prenons beaucoup de plaisir à recréer certains de nos modèles les plus emblématiques avec un très haut niveau de fidélité historique. C’est une manière de célébrer le “golden age” de l’horlogerie tout en permettant à une nouvelle génération de redécouvrir ces pièces dans leur authenticité originelle.

Mais au-delà de cette démarche patrimoniale, ce qui nous intéresse dans le vintage, ce n’est pas simplement de reproduire un design au millimètre. C’est de retrouver une certaine radicalité fonctionnelle. Finalement, beaucoup de créations historiques étaient extrêmement modernes dans leur approche. C’est cet esprit-là qui reste pertinent aujourd’hui.

A partir de quel moment une montre raconte-t-elle plus une histoire, génère-t-elle plus une émotion qu’elle ne donne l’heure ? L’acquisition d’une montre est indéniablement un acte intentionnel. Aujourd’hui, personne n’a besoin d’une montre mécanique pour simplement lire l’heure. En porter une est déjà, en soi, une décision émotionnelle et culturelle. Le choix d’une montre dit souvent quelque chose de très personnel : un rapport au style et à la mécanique mais aussi une certaine forme de goût et d’identité. On ne choisit pas une montre uniquement pour sa fonction mais plutôt pour ce qu’elle nous fait ressentir et pour ce qu’elle exprime silencieusement de nous-mêmes. À partir de là, elle dépasse largement sa fonction utilitaire.